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Derniers poilus de 14-18 : survivants de la tyrannie étatique !

 
Date : 11 novembre 2006

"Par quels mécanismes une génération d’hommes sachant lire et écrire, citoyens de pays dont on aurait pu penser quelques années plus tôt qu’ils étaient parvenus au seuil d’une transformation sociale radicale, a-t-elle été entraînée à se battre quatre ans durant des conditions effroyables pour faire une guerre qu’elle n’avait pas voulu ?" [1]

C’est ce que François Roux décrit dans son premier livre sorti cette année La grande guerre inconnue, les poilus contre l’armée française montrant - contre l’histoire officielle - comment les poilus ont résisté par tous les moyens contre l’Etat et la hiérarchie militaire pour échapper à la boucherie de la guerre 14-18 : désertion, fuite, planque, embusque, reddition volontaire, automutilation, refus d’attaquer, sabotage, manifestations, fraternisation, mutineries, assassinats d’officiers prodigues du sang de leurs hommes... On est loin de l’engagement patriotique "la fleur au fusil" des livres d’histoire !

A quoi ont donc finalement survécu le doyen français des poilus, Maurice Floquet, décédé à l’âge de 111 ans la veille du 88ème anniversaire de la fin officielle de la guerre, comme s’il avait voulu joué un tour à la célébration de l’armistice (pas un 11/11 de plus, à 111 ans... !), et les quatre derniers poilus, René Riffaud, 107 ans, issu d’une famille originaire du Jura mais né en Tunisie et mobilisé en avril 1917 au sein de l’armée d’Afrique aboutissant seulement fin 1918 dans les Ardennes (car la guerre ne s’arrêta pas le 11 novembre !), Lazare Ponticelli, 108 ans, italien choisissant de défendre la France, son pays d’adoption, quand la guerre éclate, Louis de Cazenave, 109 ans, né à Saint-Georges d’Aurac, mobilisé fin 1916, se retrouvant sur le front dans l’infanterie coloniale dans le 5e bataillon de tirailleurs sénégalais et Jean Grelaud, 108 ans, né à Paris, mobilisé en 1917, refusant presque toujours de s’exprimer sur la guerre ?

Ces soldats francophones ont survécu autant à l’horreur d’une guerre de tranchées de 40 mois, "cette guerre de boue et de ferrailles, sans épopées, sans géniaux stratèges, sans autres faits d’armes que les vagues de fantassins en molletière inlassablement lancées au devant des barbelés et des mitrailleuses par des généraux ventrus" (p.11), qu’à la tyrannie de l’Etat français terrorisant les éventuels récalcitrants par des manipulations, des intimidations, des menaces, des assassinats camouflés, des condamnations à mort et des exécutions d’innocents !

Après la guerre, les survivants se sont ainsi souvent enfermés dans un silence de plomb, craignant d’être considérés comme des fous ou des traîtres...

Le camp adverse fut de la même façon forcé de participer à une guerre qui, remarque François Roux, "vint mettre un terme définitif et dramatique à l’"âge d’or" que connut le mouvement ouvrier européen au tout début du XXe siècle (page 9)". Les idéaux socialistes semblent bien s’être envolés (définitivement ?) au début de la grande guerre coïncidant avec l’assassinat de Jaurès...

A qui a donc profité ce crime d’Etat qu’a été la première guerre mondiale et qu’est toute guerre ?

Rédaction de l’AFI.

[1] La grande guerre inconnue, les poilus contre l’armée française, (Les éditions de Paris, 2006), (p.11)