Edito : Retour sur l’été 2006 : De la facilité de la violence.
Un regard rétrospectif sur l’été qui vient de s’écouler met en évidence que c’est malheureusement comme toujours le principe d’une violence facile qui a dominé certains événements de notre planète bleue.
Etait-ce un mauvais signe ? Le 09 juillet dernier lors de la finale de la coupe du monde de football à Berlin, l’été commença par ce qui devait constituer le couronnement d’une personnalité sportive appréciée mondialement pour une certaine douceur de caractère alliée à un talent exceptionnel transformant le sport du ballond rond en un véritable art, et qui se termina par un geste terriblement violent, certes réactif, mais d’autant plus stupéfiant qu’il provenait de Zinédine Zidane dont personne ne pouvait penser qu’il achèverait sa carrière de la manière la plus anti-sportive. Trop de pression sur un homme élevé au rang de demi-dieu ? Peut-on vraiment ainsi lui reprocher de n’avoir été qu’humain trop humain ? Les Bleus ont en tout cas prouvé le 06 septembre qu’ils pouvaient jouer un football presque parfait sans Zizou. La relève est assurée...
Cependant on peut regretter que là où la capitale allemande se devait symboliquement de redonner au sport sa dimension pacifique, 70 ans après les Jeux Olympiques de 1936 organisé par la belliqueuse Allemagne nazie, c’est finalement la violence verbale de Materazzi et la violence physique de Zidane qui resteront dans les esprits.
En France, les victoires qui ont emmené les Bleus en finale avaient perdu le goût festif de celles qu’ont connues les Français en 1998. Elles ont en effet été assombries par de nombreux actes violents (6 morts après la demi-finale France-Portugal) révélant la crise traversée par la société française face à un pouvoir de plus en plus déconnecté du peuple. La seule chose dont on peut finalement se réjouir avec la défaite de la France, c’est de ne pas avoir assisté à la récupération politique que les candidats à l’élection présidentielle de 2007 n’auraient pas manqué de faire en cas de victoire, à la manière de la France black-blanc-beur de 1998 célébrant illusoirement le modèle français de l’intégration des immigrés. Car dans le débat tendu autour de l’immigration qui domine actuellement dans l’hexagone, l’équipe de la France multiculturelle entretient un lien étroit avec le monde politique comme l’a montré le geste symbolique des footballeurs Thuram et Vieira d’avoir invité au stade de France 70 ex-squatters de Cachan pour le remake, deux mois après, de la finale France-Italie, provoquant l’opposition de certains hommes politiques de droite et d’extrême-droite favorables à la plus grande fermeté vis-à-vis des immigrés en situation irrégulière.
En effet le 18 août dernier, l’expulsion violente par les forces de l’ordre du squat de Cachan dans le Val-de-Marne, 10 ans après celle des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, a montré la détermination de Nicolas Sarkozy à mener une politique d’immigration uniquement répressive.
Peu de temps avant, l’historien Patrick Weil [1] s’était adressé au ministre de l’intérieur dans la revue Esprit de mai 2006 dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy sur sa politique d’immigration :
Hiérarchiser entre les immigrés légaux, selon leur voie d’entrée en France, distinguer entre les bons - ceux qui travaillent et que l’on choisirait - et les mauvais - ceux qui ont des droits et que l’on subirait, c’est choisir d’exciter les tensions entre Français quand elles ont besoin d’être apaisées. Nombreux sont aujourd’hui nos compatriotes qui sont issus de cette immigration que vous appelez "subie". Le respect de la vie familiale et du droit d’asile n’est pas subi. Il est un choix que la France a inscrit dans ses principes et dans ses droits fondamentaux, afin que nul ne puisse, au gré de la conjoncture, de ses calculs politiques, de ses intérêts, voire de ses convictions personnelles, y porter atteinte. En disqualifiant ainsi beaucoup de nos compatriotes et de nombreux étrangers respecteueux de nos lois, vous ne facilitez ni la justice, ni la paix sociale, ni l’intégration.
On ne peut, nous semble-t-il, être plus clair sur le choix démagogique de la violence médiatisée de la part de celui qui prétend être en mesure en 2007 de relever la France de la crise sociale qui a atteint son paroxysme au moment des émeutes urbaines de novembre 2005. Du côté socialiste, sa principale concurrente dans les sondages, Ségolène Royale, en parlant de recours à l’armée dans les banlieues tient un discours symboliquement violent à contre-courant de son parti comme s’il était désormais acquis en France qu’on ne peut résoudre les problèmes sociaux que par une politique répressive. L’extrême-droite montante s’en félicite déjà...
Concernant l’actualité mondiale de l’été, nous retiendrons deux événements pour montrer que le choix de la violence prédomine toujours sur celui de la paix.
Le premier événement dramatique est celui en juillet dernier de l’offensive israëlienne au Liban en réaction aux attaques répétées du Hezbollah qui a plongé le Moyen-Orient dans l’obscurité d’un avenir de plus en plus violent. Le Premier ministre libanais Fouad Siniora a ainsi accusé Israël d’avoir commis des "crimes contre l’humanité". Le président libanais Emile Lahoud a ajouté de son côté que son pays s’adresserait cette fois à l’Onu et à la Cour Internationale de Justice de La Haye pour exiger une enquête sur "les crimes de guerre israéliens". Dans ce contexte de retour de la guerre au Liban, nous avons choisi de mettre en ligne un texte du poète libanais Khalil Gibran traitant avec une grande profondeur de la notion de crime. Khalil Gibran représente ainsi à travers le temps la voix d’un peuple libanais dont le destin est instrumentalisé par des enjeux politiques internationaux comme tant d’autres peuples non-occidentaux.
Il en fut de même par exemple du peuple congolais lorsqu’il affirma son indépendance en 1960. Pourquoi évoquer le peuple congolais ?
Le deuxième événement dont nous souhaitons parler se situe en effet en République Démocratique du Congo dans ce qui aurait dû être une étape démocratique pacifique mais qui s’est transformé finalement en affrontements entre la garde présidentielle de Joseph Kabila et les militaires de son adversaire politique Jean-Pierre Bemba le 20 août quelques heures avant l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle du 30 juillet : la première depuis 40 ans dans l’ex-Zaïre qui sort de 5 ans de guerre (1998-2003). Ils ont duré 3 jours, jusqu’au cantonnement des troupes des deux camps, et ont fait au moins 23 morts. Les deux parties se sont rejeté bien sûr la responsabilité du déclenchement des violences.
Faut-il donc rappeler dans ce contexte de violence interminable les paroles du premier chef de l’Etat de la RDC, Patrice Lumumba - assassiné en janvier 1961 - lors du jour de la proclamation de l’indépendance le 30 juin 1960 ?
" Ensemble mes frères, mes soeurs nous allons commencer une nouvelle lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur ! (...) Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière ! "
Cette volonté de paix sera fatale à Patrice Lumumba qui, comme il l’a dit lui-même, n’avait pas " choisi les voies de la facilité, mais celles de la fierté et de la liberté de l’homme ".
Car le choix de la violence, que ce soit sur un terrain de foot, dans un squat, dans un conflit entre deux peuples ou entre deux candidats à une élection présidentielle, sera toujours le choix de la facilité contre celui de la difficulté de construire la paix entre les êtres humains et les civilisations.
En créant ce site il y a tout juste un an, c’est le choix que l’AFI a fait en misant sur la capacité de rassemblement de la langue française afin de permettre une meilleure compréhension entre les êtres hunains issus de terres différentes, mais aussi d’une terre identique...
Merci donc à tous nos lecteurs et rédacteurs qui ont contribué depuis un an à la vie de ce site !
[1] Pour une large référence à l’ouvrage de P. Weil Qu’est-ce qu’un Français ?, voir notre article sur Le droit du sang versé.






