Edito d’octobre 2006 : Je te passe le baratin !
"Baratin", argot des voleurs, début du 20ème siècle : "portefeuille vide que la main du voleur passe à son complice, au lieu de celui qu’elle a tiré." Synonymes : mensonges, histoires, salades, bluff, laïus, bavardage, sermon, harangue, topo, etc. Principe du jeu : dans tout ce qui va suivre, à vous de trouver les baratins. Envoyez vos réponses en répondant à l’article.
« il n’est pas d’ici ! - c’est le seul propos sur moi qui me touche ». Emil Cioran, écrivain apatride.
Fin du Xième sommet de la francophonie à Bucarest en Roumanie :
Tout d’abord rendons hommage à La Roumanie et à tous nos amis roumains. La Roumanie noue avec la langue française et la France des liens puissants, et durables.
« L’expansion du français dans les provinces danubiennes de Moldavie et de Valachie est considérable au XVIIIe siècle. Ceci tient à deux causes : linguistique car le roumain est une langue romane (donc proche du français) et historique (...). La volonté des princes, la curiosité des femmes de la haute société - pour qui ..."savoir le français (...) était indispensable" -, la diffusion des livres français, les contacts avec les Russes francisés, la fréquentation des écoles grecques concourent à implanter le français dans la future Roumanie que la France aide à se constituer comme État unique et indépendant » [1]
Rappelons-nous quelques noms de personnages francophones roumains parmi les plus brillants :
Constantin BRANCUSI 1876 - 1957, Tristan Tzara 1896-1963, Vladimir COSMA, Emil CIORAN 1911 - 1995, Eugen IONESCO 1912 - 1993, Mircea ELIADE 1907 - 1986, Anna, princesse de Brancovan (alias Anne de Noailles) 1876-1933. On pourrait ajouter l’inventeur du stylo (n’en déplaise à Waterman) : Petrache Poenaru, qui en 1827 dépose à Paris un brevet pour "un porte-plume portable, qui ne cesse jamais d’écrire et qui s’alimente lui-même avec de l’encre". Et on aimerait pouvoir bientôt ajouter à cette liste Mihai Rusetel, qui serait en train à l’heure actuelle de mettre au point un moteur à eau. L’invention du roumain a été brevetée en 2002 et a été présentée dans le cadre d’une démonstration publique en avril 2005. L’inventeur s’est engagé, d’après le journal roumain economistul, à fournir à un constructeur un modèle monté sur une voiture de série, avant le 15 septembre 2006. Les grands médias francophones ne semblent pas accorder trop d’importance à ce genre d’information, et nous n’en savons pas plus à l’heure actuelle. Il s’agirait pourtant, si l’invention est réelle, d’un événement de quelque poids dans l’équilibre économique mondial. Affaire à suivre ?
Un sommet somme toute sommaire :
C’était donc la grande messe francophone à Bucarest en Roumanie, les 28 et 29 septembre. Une déclaration commune a officialisé l’entrée de neuf nouveaux membres :
La Grèce, l’Albanie, la Macédoine et Andorre, ont été admis comme membres de plein droit. Deux nouveaux membres associés ont été accueillis : Chypre et le Ghana, de même que trois membres observateurs : le Mozambique, la Serbie et l’Ukraine. À l’occasion de ce sommet, l’ancien président sénégalais Abdou Diouf, âgé de 71 ans, a été reconduit pour un mandat de quatre ans au poste de secrétaire général de la Francophonie. Le 11e sommet de la Francophonie a rassemblé à Bucarest 22 chefs d’Etat, 11 chefs de gouvernement et 36 ministres des Affaires étrangères. Les membres de la francophonie, qui rassemble désormais 72 Etats et gouvernements, ont décidé de tenir le prochain sommet à Québec en 2008. Par contre, deux candidatures ont été rejetées : celles du Soudan et de la Thaïlande. Un drame interne déchire le premier pays tandis qu’un coup d’État est survenu dans le second, il y a à peine deux semaines. D’autre part, un protocole de partenariat est actuellement rédigé avec Malte, un petit archipel de la Méditerranée qui pourrait adhérer à la Francophonie lors du prochain Sommet. Le ministre des Affaires étrangères congolais Ramazani Baya a proposé la candidature de la RDC pour le sommet de la Francophonie de 2010. Cette candidature n’a pas fait l’objet de discussion durant le sommet de Bucarest. Néanmoins, elle reste à l’étude en plus de celle du Madagascar. À en croire des sources proches de l’Oif, le problème sera posé au sommet de la Francophonie en 2008. Mais selon certaines indiscrétions, la RDC, faute d’infrastructures, pourra difficilement être désignée pour organiser le sommet de 2010.
Par ailleurs, le Liban a participé au Sommet de Bucarest par la porte de secours. En effet le président du pays Emile Lahoud a refusé de s’y rendre parce que ce n’est pas lui mais le premier ministre Fouad Siniora qui a reçu l’invitation du président roumain Traian Basescu pour participer à la réunion. Finalement, c’est le ministre de la Culture, Tarek Mitri, qui s’est présenté au Sommet. L’attitude négative des pays occidentaux envers l’actuel président Libanais repose essentiellement sur la suspicion dont fait l’objet le gouvernement Libanais quant à sa volonté réelle de voir progresser l’enquête sur l’assassinat le 14 février 2005 de Rafic Hariri, ancien Premier ministre hostile à l’influence syrienne au Liban, tué dans une explosion ainsi que 22 autres personnes.
Une autre raison plus secrète serait que le Liban s’opposerait à coup sûr à une quelconque participation à l’OIF... d’Israël !!
En effet, s’il ne semble pas en avoir été question lors de ce sommet, l’adhésion d’Israël à l’OIF est pourtant souhaitée par le Canada (prochain pays organisateur) et la France. Edouard Balladur, président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, avait dit à Shimon Pérès en juin 2006, à Jérusalem, qu’il souhaitait « une entrée rapide d’Israël dans la francophonie » et que « le seul obstacle était le Liban » [2]. L’an dernier, Jacques Saada, ministre canadien responsable de la francophonie, était allé plus loin en suggérant l’adhésion simultanée d’Israël et de l’autorité palestinienne à l’OIF, afin que leur présence soit une « valeur ajoutée au processus de paix israélo-palestinien ». La proportion de francophones réels parmi la population israëlienne (6,5 Millions d’individus) est estimée à un peu plus de 5 %. Mais rappelons tout de suite que pour l’AFI l’adhésion à la francophonie n’est pas une affaire de chiffres, mais surtout de libre volonté : à ce propos si vous voulez adhérer à notre modeste association, cliquez ici.
En bref, la déclaration finale, surmontant ces tribulations, et d’autres, exprime bien évidemment le souhait de paix au proche Orient, et la cessation des hostilités au Liban. Par ailleurs, les représentants francophones regrettent le report des élections présidentielles initialement prévues le 31 octobre 2006 au plus tard en Côte d’Ivoire.
De plus, les dirigeants présents au sommet se sont aussi dits "vivement préoccupés par la dégradation continue de la situation" dans la province soudanaise du Darfour.
Virtualité pour l’ouverture :
Dans leur déclaration finale, ils se sont engagés à promouvoir l’usage des technologies de l’information dans l’éducation et de la langue française dans les rassemblements internationaux.
Bravo, sommes-nous contraints de nous exclamer ! Et merci bien. En tant que francophone, cela nous fait une belle jambe... virtuelle. Nous voulons insister sur ce qui manque vraiment aujourd’hui à la francophonie : une réelle politique de circulation des individus. Quid du fameux projet de partenariat entre dix grandes universités francophones ? Il n’est pas difficile pourtant de comprendre que la technologie, sans investissement humain, n’apporte rien. C’est une des leçons de l’histoire de l’écrivain breton hors du commun Gildas Trevetin : les vraies relations humaines permettent à l’âme de faire bouger les montagnes et de transformer les destins.
Le président Jacques Chirac, sans doute très conscient de cela, a tout de même préféré évoquer, lors d’une séance de travail à Bucarest, les phénomènes migratoires, "un des plus grands défis de notre temps". Pour le président français, "répondre au défi de l’immigration, c’est d’abord nouer avec les pays d’origine un véritable partenariat pour le développement". Louable intention, aussitôt suivie de :"La France et l’Europe entendent mener ces actions dans le respect de la dignité humaine, mais avec fermeté".
Fermeté dans la fermeture
Petite histoire. Janvier 2003. Roissy. Et paf ! Alors qu’il se débattait pour ne pas être expulsé, Getu Hagos Mariame, 24 ans, a été victime d’un malaise, dans la nuit du 16 au 17, juste avant le décollage de son avion à l’aéroport, en raison de la forte pression exercée par les policiers pour le tenir plié sur son siège. Transporté dans le coma, il est mort le lendemain. Les trois policiers qui l’escortaient ont été jugés, jeudi 28 septembre 2006, pour "homicide involontaire" par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis). L’accusation a requis une peine avec sursis contre deux des trois policiers, âgés de 26 à 32 ans. Le jugement a été mis en délibéré au 23 novembre.
"A aucun moment, je n’ai pensé que le pliage [du corps au niveau du bassin] pouvait tuer", a pour sa part déclaré le chef d’escorte, Axel Dallier, qui dément s’être assis sur la victime, comme l’affirment trois témoins. La vie et la personnalité de la victime - souvent appelée "le non-admis" par la présidente du tribunal, ou "INAD" pour "individu non admis" dans le vocabulaire de la PAF -n’ont guère été évoquées. Fermeté envers l’Individu Non-Admis, mais humanisme et tolérance envers ces braves défenseurs de la patrie.
Dans la même veine, le ministre français Nicolas Sarkozy a estimé lors de son voyage au Sénégal "qu’on ne résoudra le problème de l’immigration que si on développe l’Afrique", en dépit des problèmes budgétaires de la majorité des pays européens. Il a rappelé la proposition française de défiscaliser l’argent envoyé par les immigrés dans leur pays d’origine, à condition qu’il soit investi dans des microprojets de développement, car ces derniers échappent à "la corruption". Il a par ailleurs déclaré : "Ni l’Europe ni la France ne peuvent recevoir tous ceux qui rêvent d’un Eldorado".
Un accord sur les frontières a donc été signé, entre la France et le Sénégal, pour préserver l’Eldorado : sur l’immigration régulière, l’accord prévoirait notamment un meilleur accueil des étudiants sénégalais en France et la délivrance de "visas de circulation" pour les hommes d’affaires et les artistes pour faciliter les échanges entre les deux pays. Concernant l’immigration irrégulière, l’accord prévoit de faciliter le rapatriement de clandestins sénégalais. Quant au co-développement, il s’agirait d’une aide financière pour financer des micro-projets. M. Sarkozy a déposé une gerbe sur la tombe du premier président sénégalais et ami inconditionnel de la France Léopold Sédar Senghor. En se rendant au Sénégal, il a devancé la visite dans son pays natal de Ségolène Royal, candidate qui défend énergiquement un programme... plutôt fantôme pour le moment. Au moins on ne peut pas accuser la candidate socialiste de trop nous baratiner ! Le parti socialiste français semble aujourd’hui isolé, désuni et loin du pouvoir. C’est une phase annoncée il y a plus de cent ans par Jean Jaurès.
Ainsi la communauté d’Europe semble s‘enfermer de plus en plus dans un rôle utopique de paradis assiégé par les hordes de gueux. La suisse vient d’adopter la politique européenne la plus défavorable qui soit aux étrangers ... non-européens. La population helvète a en effet voté à 68 % en faveur d’une nouvelle loi sur l’immigration et à 67,8 % pour durcir les conditions d’accès au droit d’asile. Aucun des vingt-six cantons ne s’est opposé à la nouvelle réglementation.
Ainsi M. Nicolas Sarkozy en Espagne a proposé la mise en place d’un pacte européen d’immigration. L’adhésion à un tel pacte comprend « l’interdiction à l’avenir de toute mesure de régularisation massive ou des régularisations de plein droit ; la stricte limitation des mesures de régularisation à des situations humanitaires au cas par cas ; le respect du principe de proportionnalité entre le flux migratoire accueilli et les capacités d’accueil sur le marché du travail, le logement, les services publics ; le conditionnement du regroupement familial aux ressources d’un travail et à la possibilité de fournir à la famille d’accueil un logement suffisant ; le principe d’éloignement des migrants clandestins sauf cas humanitaire particulier." Soit dit en passant, bon nombre de français de nationalité ne remplissent pas tous ces critères, notamment les gens du voyage, les chômeurs, ... Devront-ils un jour être renvoyé ? Mais où ?
Le cinéma au secours des indigènes de la république
D’un autre côté, la France répare les injustices faites aux indigènes de la république. Depuis la loi du 26 décembre 1959 en effet, les pensions et retraites des étrangers engagés dans l’armée française étaient « cristallisées » et transformées en indemnité non indexable sur le coût de la vie. Un ancien sergent-chef sénégalais avait porté plainte en 1996. Engagé dans l’armée française de 1937 à 1959, il en avait été radié lors de l’accession à l’indépendance du Sénégal. Il n’a jamais touché qu’un tiers de la retraite qu’il aurait dû percevoir s’il avait été Français. Le sergent-chef Amadou Diop a enfin eu raison contre l’Etat français, mais en 2001, et à titre posthume. C’est en effet à la date du 10 novembre 2001 que le Conseil d’Etat français, sur le fondement de l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’Homme, a rendu un arrêt de principe déclarant que tous les vétérans, qu’ils soient ressortissants français ou étrangers, ont les mêmes droits et doivent recevoir des indemnités équivalentes. Il aura fallu tout de même quelques années de plus, ce qui fait toujours quelques anciens combattants de moins, et un film servi par des acteurs dévoués à cette cause, pour que quelques 80.000 personnes de plus de 65 ans, originaires de 23 pays (Maghreb, Afrique noire francophone, Madagascar et ancienne Indochine), puissent espérer bénéficier d’une telle "décristallisation". Merci pour eux, et sachons nous rappeler avec Gaston Monnerville : "Sans l’Empire, la France ne serait qu’un pays libéré. Grâce à lui, elle est un pays vainqueur."
En attendant, pendant quarante ans, ils furent non pas les indigènes de la république, mais bien plutôt Les oubliés de guerre. Nous vous renvoyons vers l’admirable travail photographique et textuel de Olivier Pasquiers sur les anciens combattants de l’Union française au foyer Sonacotra de Beauvais.
Lisez leurs histoires.
C’est pas du baratin.
[1] Deniau Xavier, La Francophonie, P.U.F Paris, 1992 p .47-48
[2] « Edouard Balladur à Jérusalem souhaite une entrée rapide d’Israël dans la francophonie ». Commentaires de Max Semory, le 7 juin 2006 sur a7fr.co.






